Fécondation in vitro : la voie naturelle
Jacques Kadoch, MD
Table des matières
Introduction
Historique
Principes et avantages de la FIVn
Indications de la FIVn
Inconvénients de la FIVn
Conclusion
Introduction
Avoir recours à la fécondation in vitro (FIV) tout en restant en harmonie avec le cycle naturel de la femme : un défit auquel répond aujourd’hui la FIV en cycle naturel (FIVn). De plus en plus de couples sont séduits par cette technique évitant une stimulation ovarienne. Le protocole idéal de FIV n’est-il pas celui qui permet l’obtention d’un embryon avec un potentiel implantatoire élevé, à l’origine d’une grossesse unique et le tout avec un niveau d’intervention médicale minimal ?

Historique
Il y a 25 ans, Edwards et Steptoe obtinrent la première grossesse par FIV dans l'espèce humaine suite au transfert d’un embryon issu d’un cycle naturel. A cette époque, les médecins étaient complètement tributaires de la chronologie naturelle du cycle. Ainsi, le prélèvement ovocytaire se déroulait parfois au milieu de la nuit, sous anesthésie générale puisqu’une laparoscopie était nécessaire [Edwards RG, Steptoe PC, Purdy JM. Establishing fuAll-term human pregnancies using cleaving embryos grown in vitro. Br J Obstet Gynaecol. 1980 Sep;87(9):737-56]. Aucun médicament n’était alors disponible pour empêcher une ovulation spontanée prématurée. De ce fait, la rentabilité de ces cycles de FIV était très faible. Pour disposer de plusieurs embryons à la fois, il a fallu forcer la nature. Avec l’avènement des traitements de stimulation, la FIVn fut abandonnée au profit de la FIV avec stimulation ovarienne (FIVs).
Plus récemment, l’équipe du Professeur René Frydman (Clamart - France) a élaboré un protocole permettant de contrôler le risque d’ovulation prématurée et de réduire le taux d’annulations en utilisant des antagonistes de la GnRH (une nouvelle classe de médicaments disponible depuis peu). Le follicule dominant reste sélectionné naturellement et l’équipe décide du moment opportun pour déclencher l’ovulation. On augmente ainsi de manière efficace la rentabilité des cycles [Rongieres-Bertrand C, Olivennes F, Righini C, Fanchin R, Taieb J, Hamamah S, Bouchard P, Frydman R. Revival of the natural cycles in in-vitro fertilization with the use of a new gonadotrophin-releasing hormone antagonist (Cetrorelix): a pilot study with minimal stimulation. Hum Reprod. 1999 Mar;14(3):683-8].

Principes et avantages de la FIVn
La FIVs a une logique de nombre : il s’agit d’obtenir le
plus de follicules d’où seront prélevés le
plus d’ovocytes, dans le but d’avoir le plus d’embryons
possibles. Idéalement, cette multitude d’embryon permettrait
de choisir le plus beau d’entre eux selon des critères
morphologiques validés. Cette politique drastique de transfert
embryonnaire (single embryo transfer), adoptée par certains pays
A européens, n’est cependant pas monnaie courante en Amérique
du Nord. Bien au contraire, on déplore plutôt une tendance
à une inflation du nombre d’embryons transférés
justifiée souvent par la volonté de rentabiliser au maximum
pour le couple un traitement coûteux, long et contraignant, mais
aussi expliquée par la concurrence effrénée qui
se joue entre certaines cliniques de fertilité. La bonne pratique
médicale voudrait pourtant que le pourcentage de grossesses multiples
ne dépasse pas 30% des grossesses cliniques obtenues. Malheureusement,
ce chiffre est bien souvent dépassé. En FIVn, le risque
de grossesses multiples est réduit aux grossesses monozygotes
(jumeaux identiques). De plus, l’absence d’embryons surnuméraires
peut être perçue comme un avantage important pour les couples
qui souhaitent éviter d’être confrontés au
dilemme de la congélation ou de la destruction des embryons surnuméraires.
La FIVn présente de nombreux autres avantages. Les protocoles
utilisés en FIVn restent simples comparés à ceux
disponibles en FIVs. Même si le monitorage reste identique, voire
plus rapproché dans certains cas, l’utilisation de drogues
est réduite au maximum du fait de l’absence de désensibilisation
et de stimulation ovarienne. Le risque de syndrome d’hyperstimulation
ovarienne est annulé par l’absence même de stimulation.
On notera également la possibilité de réaliser
des cycles consécutifs.

Indications de la FIVn
Le développement d’un programme de FIVn à la Clinique
de fertilité OVO n’a pas été décidé
pour des raisons philosophiques, mais bien parce que cette prise en
charge peut avoir un intérêt particulier pour certains
couples infertiles.
La FIVn semble être une alternative intéressante pour
certaines populations de patientes ayant un mauvais pronostic. Ainsi,
elle peut être une option en cas d’échecs d’implantation,
définis par l’absence de grossesse malgré le transfert
de plusieurs embryons de bonne qualité issus de cycle stimulé.
En effet, la stimulation ovarienne entraîne une augmentation importante
des taux d’oestradiol circulant pouvant être nuisible à
l’implantation embryonnaire (Lédée-Bataille N, Dubanchet
S, Kadoch IJ, Castelo-Branco A, Frydman R, Chaouat G. Controlled natural
in vitro fertilization may be an alternative for patients with repeated
unexplained implantation failure and a high uterine natural killer cell
count. Fertil Steril. 2004 Jul;82(1):234-6). Les patientes jeunes ayant
une réserve ovarienne en follicules anormalement basse constituent
également des bonnes candidates : il semble plus intéressant
d’obtenir un embryon issu d’un cycle naturel plutôt
que d’avoir un nombre réduit d’embryons obtenus après
une stimulation à doses maximales. Ceci est d’autant plus
séduisant qAue les taux d’implantation (chance qu’a
un embryon de s’implanter après son transfert dans l’utérus)
en FIVn sont plus élevés que ceux obtenus après
une stimulation (Castelo-Branco A, Frydman N, Kadoch IJ, Le Du A, Fernandez
H, Fanchin R, Frydman R. The role of the semi natural cycle as option
of treatment of patients with a poor prognosis for successful in vitro
fertilization. J Gynecol Obstet Biol Reprod. 2004 Oct;33(6 Pt 1):518-24).
Bien entendu, la FIVn peut être également offerte à
des couples ayant un bon pronostic. Ainsi, de nombreux couples consultent
après échec de vasovasostomie pour bénéficier
de ce traitement. La FIVn est alors associée à une micro-injection
d’un spermatozoïde (ICSI) obtenus par prélèvement
épididymaire. Il s’agit souvent d’une situation dans
laquelle l’homme à déjà des enfants et souhaite
éviter une stimulation ovarienne et éventuellement une
grossesse gémellaire à sa conjointe qui est souvent jeune
et sans aucun problème de fertilité (Kadoch IJ, Phillips
SJ, Hemmings R, Lapensée L, Couturier B, Bissonnette F. Ongoing
pregnancy after ICSI of frozen-thawed percutaneous epididymal sperm
aspiration (PESA) retrieved spermatozoa and in vitro fertilization in
a natural cycle (nIVF)).
La FIVn peut également être une alternative judicieuse
pour les femmes ayant un antécédent de cancer hormonodépendant,
chez qui on veut absolument éviter des stimulations ovariennes.

Inconvénients de la FIVn
Les détracteurs de la FIVn lui reproche une surveillance quotidienne
très contraignante avec l'angoisse d’une ovulation prématurée,
un taux élevé d’annulation, la nécessité
pour les équipes de se rendre disponible nuit et jour, un taux
élevé de ponction sans recueil ovocytaire, et enfin, des
taux de grossesse faibles.
La FIVn n’est cependant pas la panacée et la FIVs reste
le traitement de choix dans certains cas, notamment pour les patientes
ayant plus de 38 ans.
Par ailleurs, le monitorage du cycle naturel est si subtil et précis,
qu’il est difficile d’en acquérir rapidement l’expertise.

Conclusion
Avec le perfectionnement des milieux de culture, les progrès
des techniques et de l’équipement des laboratoires, les
résultats ont eu tendance à s’améliorer et
ce, probablement grâce à une qualité embryonnaire
meilleure. Ainsi, la FIVn peut désormais faire partie, de manière
raisonnable, de l’arsenal thérapeutique moderne de l’infertilité.
Les indications de la FIVn restent encore à définir.
Cette prise en charge pourrait être une alternative judicieuse,
entre autres, pour les couples souffrant d’une infertilité
inexpliquée, tubaire ou masculine, mais ausAsi pour ceux ayant
connus des échecs d’implantations multiples en FIVs et
pour les jeunes patientes ayant une réserve ovarienne ne permettant
pas un recrutement folliculaire suffisant en FIVs.
Le protocole idéal de FIV n’est-il pas celui qui permet
l’obtention d’un embryon avec un potentiel implantatoire
élevé, à l’origine d’une grossesse
unique et le tout avec un niveau d’intervention médicale
minimal ?

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